Climatisation et civilisation

Si on devait aujourd’hui dĂ©finir la civilisation au travers d’une de ses caractĂ©ristiques, on pourrait retenir sa volontĂ© implacable de faire entrer dans son moule la façon de se comporter des individus. A une certaine Ă©poque le paganisme fut rejetĂ©, de mĂŞme qu’aujourd’hui constitutions et lois rĂ©digĂ©es par d’illustres ancĂŞtres, imposent au citoyen non barbare, un cadre dans lequel Ă©voluer.

Au chapitre technologique, on pourrait donc comparer sur ce plan, la civilisation avec… la climatisation ! En effet, l’un comme l’autre agissent comme des rĂ©gulateurs. Si nous entrons quelques minutes dans la peau d’une climatisation Ă  Cannes (pour l’exemple), nous constaterons que sa journĂ©e ordinaire se dĂ©compose de la sorte :

  1. RĂ©glage de la norme (par celui qui dĂ©tient la tĂ©lĂ©commande), ce que l’on peut rapprocher pour la civilisation de la morale reconnue par la doxa et souvent partiellement ancrĂ©e dans une constitution, une code des lois.
  2. Mesure de la tempĂ©rature actuelle, rĂ©alisĂ©e par un thermomètre et pour la civilisation par l’exĂ©cutif et le judiciaire.
  3. Régulation par refroidissement ou chauffage pour coller à la norme précédemment établie (pour continuer sur le parallèle, on citera les différents organes répressifs)
  4. Temporisation et retour Ă  l’Ă©tape 2

Climatisation et civilisation

Les parallèles sont nombreux on l’aura compris, nĂ©anmoins la climatisation n’en reste pas moins en soi un symbole vĂ©ritable, celui de la mainmise (rĂ©elle ou illusoire) de l’homme civilisĂ© sur son environnement. Les chaleurs que nous connaissons en France, et Ă  Cannes pour continuer sur l’exemple, ne constituent pas des menaces rĂ©elles en elles mĂŞme. Tout au plus il s’agit de paramètres jouant sur notre confort. Pourtant, l’Homme est aujourd’hui en mesure de rĂ©gler quasi complètement la question du climat de son habitat, en rĂ©glant finement la tempĂ©rature voulue, voire mĂŞme l’hygromĂ©trie. Il peut s’agir de dĂ©tails en apparence, pourtant symboliquement il s’agit d’une victoire sur la nature, d’un pas supplĂ©mentaire de la civilisation, d’une espèce de moins en moins soumis Ă  l’alĂ©as environnemental (bien qu’elle soit encore loin de s’en ĂŞtre totalement Ă©mancipĂ©).